Pour une fois un texte un peu plus long pour soutenir l'initiative des pécheurs du Pays d'Arles
Comme dans le cas de l’amiante - véritable bombe à retardement pour la santé publique à cause de l’aveuglement des uns et de la cupidité des autres- il aura fallu 30 ans pour que la pollution au PCB de l’ensemble du Rhône soit reconnue par les pouvoirs publics, et que la pêche, la commercialisation et la consommation de poissons du Rhône soient interdites.
Les premières mesures (en France) de restrictions, vu les risques connus pour la santé publique de cette famille de produits, appelés aussi pyralènes, datent en effet de 1979: jusque-là on les utilisait très largement, pour leurs propriétés de stabilité, et d’ininflammabilité.
1979 : interdiction dans les encres, adhésifs, additifs et dans certaines huiles. 1987 : interdiction de vendre, d’acquérir ou de mettre sur le marché des appareils contenant des PCB. 2003 : le plan national de décontamination et d’élimination des appareils contenant des PCB et PCT prévoit un calendrier de décontamination des appareils recensés au plus tard pour le 31 décembre 2010 (certains appareils contenant des PCB et PCT à faible concentration (moins de 500 milligrammes par kilogramme) peuvent être éliminés au terme de leur utilisation, c’est-à-dire bien après 2010, il est donc inexact de dire qu’après 2010 le problème sera réglé). Avant 79 surtout, mais aussi entre 79 et 2003, des tonnes de produits contenant des PCB à des concentrations diverses ont été manipulés sans précautions suffisantes, jetés à l’eau, mis en décharge, incinérés dans des fours d’ordures ménagères… Depuis 2003, les produits contenant des PCB, ou pollués accidentellement pas les PCB, sont traités par des entreprises agréées qui ont des autorisations d’importants rejets dans les cours d’eau. Résultat : de nombreux cours d’eau français sont empoisonnés comme le Rhône.
Le voyage des PCB. Produits non biodégradables et qui passent très bien de l’air vers l’eau puis vers les tissus graisseux des organismes qui les consomment, peuvent se retrouver dans les poissons par chez nous. Ils ont pu s’échapper à 400 km de là d’un incinérateur d’ordures ménagères il y a 10 ou 20 ans, ou ces jours-ci d’un incinérateur à déchets industriels, voyager avec le vent, y rencontrer d’autres PCB formés dans les chaudières, les centrales thermiques, les incendies, retomber sur le sol, y retrouver d’autres PCB venant de décharges de déchets industriels d’avant 2003, être entraînés par la pluie, arriver à la rivière où ils retrouvent les PCB des rejets « autorisés » des usines agréé pour « la décontamination et l’élimination », être emportés par les eaux, se déposer dans les sédiments, qui se déplacent, être gobés par des poissons qui se déplacent très bien aussi, jusqu’au pêcheur fier de sa prise et content de sa journée au grand air…
Qui produit des PCB. Une usine de l’Ain, agréée pour la décontamination des PCB telle que la loi le prévoit, est sur la sellette, elle est responsable d’une bonne part des rejets qui empoisonnent le Rhône actuellement, mais il est bon de savoir que le « couloir de la chimie » dans la région de Lyon comprend de nombreuses entreprises, par exemple de la chimie du chlore, qui ont eu des autorisations de rejets massifs également pendant des décennies.
Quels sont les effets sur la santé. Très solubles dans les graisses, les PCB s’accumulent dans les tissus graisseux tout au long de la chaîne alimentaire. L’homme, dernier maillon de la chaîne alimentaire, se contamine par la consommation d’animaux ou de produits d’origine animale, notamment le lait, les œufs et les poissons, contaminés par le PCB, qui se fixe dans sa graisse. La contamination déclenche des problèmes de santé de première importance : on a constaté des effets pour un contact bref à doses importantes: ont été observés des infections hépatiques, neurologiques, des bronchites chroniques, des maux de tête, des vertiges, des dépressions, des troubles de la mémoire et du sommeil, de la nervosité et de la fatigue, et de l’impuissance. Ces troubles sont, pour certains, réversibles. S’agissant des effets chroniques (exposition sur le moyen et le long terme), les PCB sont surtout redoutés pour leur toxicité pour la reproduction, l’immunité et leur cancérogénicité. Mais aussi des dommages au foie, des anomalies de la croissance. Les effets sur les hormones thyroïdiennes et les conséquences possibles sur le développement du cerveau sont l’objet de discussions à l’heure actuelle.
Que faire. Pour le gouvernement, visiblement la première action consiste à gagner du temps : expliquer qu’il y en a partout, qu’on le sait mais qu’on a besoin de temps pour présenter de nouvelles cartes de la contamination des rivières… dire que le plan national de dépollution des transfos au pyralène coûtera très cher (bizarre, il est prévu depuis 2003, il n’était donc pas budgété ?), dire qu’en 2010 tout ira mieux (ce Rhône est trop pressé, il n’a pas su tenir jusque-là !), dire surtout qu’il faut réfléchir pour la suite. Pour les pêcheurs, empêchés de travailler, et pas pour une courte période ils l’ont compris, une seule possibilité : s’unir pour être plus fort et demander des indemnisations, et d’autres zones de pêche (non contaminées, bien sûr). Et voir en face que pour certains, c’est peut-être une aide à la reconversion qu’il faudra financer. Pour
la Camargue , trouver les moyens de faire des analyses dans les diverses zones, soit zones de cultures, soit zones d’espaces sensibles… analyses extrêmement coûteuses. Pour la population, faire une vaste campagne de prises de sang, en priorité pour les personnes consommant régulièrement du poisson du Rhône, mais aussi les personnes ayant des problèmes de santé rejoignant ce que l’on sait de l’effet des PCB. Pour l’avenir, la dépollution des sédiments est une question qu’il faut regarder en face : elle comprend des risques, des coûts importants, et donc un travail sérieux est à faire faire par des experts indépendants, et pas dans 5 ans.
Bien entendu, la première chose est de faire le nécessaire pour que les sources de pollutions aux PCB se tarissent, très vaste chantier également dont notre pays pourrait être fier.
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